10 févr. 2026

Immigration au Québec : remettre de l’ordre, sans faux procès

 Le débat sur l’immigration concerne désormais l’ensemble des Québécois. Il s’invite dans les conversations quotidiennes, nourri par un sentiment largement partagé de perte de contrôle. Face à ce malaise, le gouvernement multiplie les signaux de durcissement et remet en question certains programmes. Mais derrière cette agitation politique se cache un problème plus profond : un débat mal posé, alimenté par des amalgames persistants et une gouvernance incohérente.

Le premier de ces amalgames consiste à regrouper tous les immigrants sous une même étiquette, comme s’ils formaient un bloc homogène. Or, les réalités sont fondamentalement différentes. Les demandeurs d’asile relèvent du droit international et de décisions fédérales. Les réfugiés sont accueillis pour des raisons humanitaires, souvent après des parcours marqués par l’exil et la violence. Les résidents permanents, eux, sont sélectionnés par le Québec selon des critères économiques, linguistiques et sociaux. Quant aux citoyens canadiens issus de l’immigration, ils font pleinement partie de la société québécoise. Mélanger ces statuts alimente la confusion et fausse le débat public.

Cette confusion produit un paradoxe criant. En région, les entreprises manquent cruellement de main-d’œuvre. À Montréal, des milliers d’immigrants — parfois hautement qualifiés — peinent à accéder à un emploi correspondant à leurs compétences ou se retrouvent en situation de sous-emploi. Ce décalage révèle moins un excès d’immigration qu’un échec de coordination entre les politiques d’accueil, d’intégration, de régionalisation et de reconnaissance des compétences.

Face à cette situation, la tentation politique est de fermer le robinet ou de durcir les règles. Cette réponse est trompeuse. Restreindre l’immigration économique ou maintenir les nouveaux arrivants dans l’incertitude administrative ne réglera ni la pénurie de main-d’œuvre ni les tensions sociales. Au contraire, cela risque d’aggraver la concentration à Montréal, la précarité et le sentiment d’injustice — tant chez les immigrants que chez les Québécois qui ont l’impression que « le système ne fonctionne plus ».

Le Québec doit donc cesser d’esquiver le cœur du problème : l’intégration comme projet politique. Contrairement au multiculturalisme canadien, le Québec repose sur une culture publique commune, structurée par la langue française, des institutions démocratiques et des valeurs partagées. Or, ce cadre demeure trop souvent flou, implicite, voire tabou dans le discours public.

L’intégration ne peut se limiter à l’apprentissage du français et à l’accès à l’emploi. Elle suppose aussi un apprentissage clair des règles du vivre-ensemble québécois : l’égalité entre les femmes et les hommes, la laïcité de l’État, le respect des lois, la liberté d’expression et la participation à la vie civique. Ces principes ne sont ni négociables ni optionnels. Ils ne visent pas à stigmatiser, mais à assurer une cohésion sociale minimale.

Cette exigence doit toutefois aller de pair avec des responsabilités claires de l’État. On ne peut demander des efforts d’intégration sans offrir des parcours crédibles : reconnaissance rapide des diplômes, accompagnement des employeurs, régionalisation efficace et accès réel au marché du travail. Gouverner l’immigration, ce n’est pas seulement fixer des seuils; c’est organiser des trajectoires.

Le malaise actuel ne sera pas résolu par des slogans ni par des oppositions simplistes entre « ouverture » et « fermeture ». Il exige un discours de vérité. Oui, le Québec a besoin d’immigration. Oui, elle doit être mieux encadrée. Et oui, l’intégration repose sur des droits, mais aussi sur des devoirs réciproques. À défaut de cette clarté, une politique nécessaire continuera d’alimenter les divisions.

Immigration au Québec : remettre de l’ordre, sans faux procès

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